Le mobilier polychrome alsacien

Nicole SCHLEMMER
Création de meubles, cours et stages de peinture sur bois (peinture paysanne)
"SCHLEMMER HAUS"
15 rue Gérando
75009 Paris
tél. 01 42 82 15 09
fax. 01 42 51 30 57

 

 

Bref aperçu

d'après "Le mobilier polychrome en Alsace" de Georges KLEIN

 

 

 

 

 

 

 

 


Coffre peint. Fond brun pommelé avec décor dit de Gottesheim (losange vert, rinceaux blancs, 
étoiles blanches et noires, etc.). Obermodern 1807

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Coffre polychrome. de la région d'Obermodern
(1700-1720). Fond sang de bœuf très dilué et bruni, décor au pochoir

En Alsace, le meuble peint est avant tout un meuble de mariage. Construit en sapin, le mobilier peint était d'un prix bien moindre que le mobilier de bois fruitier dit "noble" (vers la fin du 18ème siècle, on n'employa d'ailleurs même plus que du sapin de second choix).

Dans les milieux ruraux modestes, le mobilier se composait d'une armoire, d'un lit à ciel, d'un coffre, d'un buffet de cuisine "Olmer", de quelques chaises, le tout en bois peint, et on se contentait d'une seule armoire en bois "noble", voire quelques chaises. Ajoutons un berceau, généralement peint, et parfois un buffet d'angle.

La plupart du temps, les meubles ont été peints par les menuisiers eux-mêmes. Généralement, il n'y avait qu'un seul peintre pour un groupe de villages, qui se déplaçait parfois chez les particuliers avec sa boîte de couleurs pour peindre sur place. Chaque peintre possédait un répertoire personnel, avec des thèmes préférentiels. Il possédait aussi ses propres recettes, dont il ne divulguait jamais complètement le secret.

Les premiers meubles étaient, jusqu'au 17ème siècle environ, simplement badigeonnés d'une couche de teinture mordante ou brou de noix, pour atténuer la blancheur du bois. A la campagne, on se servit de rouge : soit d'ocre rouge, soit de sang de bœuf dilué. Le procédé le plus courant consistait à prendre un chiffon et à essuyer le trop plein de la couleur, laissant transparaître le veinage du bois. Puis, au 17ème siècle, on se mît à utiliser le noir de suie, obtenu par calcinage de la suie diluée avec du vinaigre, en guise de fixatif. Les fonds de coffres et d'armoires, avec leur glacis rouge nuageux, furent réalisés à l'estompage et à l'épongeage. Sur ce décor, on traçait des encadrements au brou de noix, et enfin, des décors au pinceau, à main levée ou au pochoir, au noir de suie.

Au début du 18ème siècle, se sont ajoutées deux autres couleurs : le rouge cinabre et le blanc de céruse, et, vers 1720, le vert cinabre puis le bleu d'empois ou "lazurbloïj", utilisés d'abord comme glacis, puis, pour les fonds.

Le liant le plus fréquemment employé était le petit lait, que l'on mélangeait aux ocres et aux poudres colorées. C'était un excellent fixatif. La "colle de froment", faite à la farine fine de froment par émulsion et ébullition, est un autre liant fréquemment utilisé. Mélangée aux ocres, elle permettait des pommelages, des veinages et des marbrures.

A la fin du siècle, avec l'avènement de la pomme de terre, on a utilisé des ocres, de la bière et du vinaigre. La bière et la surface coupée de la pomme de terre offraient l'amidon nécessaire au liant, et le vinaigre servait de fixatif pour réaliser les mêmes techniques de décor.

Au départ, les peintres utilisaient des pochoirs "Schablon - Patrone" pour décorer leurs meubles. Les pochoirs, découpés dans du parchemin épais, étaient soit réalisés par l'ébéniste lui-même, soit achetés chez des spécialistes qui avaient boutique sur rue et confectionnaient des pochoirs pour tous usages, "les Patronierer". Leur usage laissait une part à la créativité, en n'utilisant que partiellement la découpe. La répétition de certains motifs, avec des couleurs différentes, était fréquemment employée : ils se retrouvaient alternativement en blanc, noir ou vert.

Haute et basse Alsace développent des styles un peu différents : en haute Alsace, on note une préférence pour les fonds bleus, associés au rouge, qui viendraient directement du Tyrol. En basse Alsace, les fonds bruns connaissaient plus de succès.

Concernant les décors, deux tendances se dégagent : l'une figurative, avec bouquets stylisés dans des vases, peints à la main, l'autre géométrique, surtout basée sur l'emploi du losange, souvent peint en vert sinople ou en bleu turquoise, et bordé de filets blancs. Leur champ intérieur est peint en rouge garance servant de fond à des décors variant selon les régions.

Très apprécié, le décor dit de "Gottesheim" prit souvent le losange bordé de blanc crème comme motif décoratif. L'autre décor, le quadrilobe, est un ornement qui s'insère bien dans les panneaux carrés, et qui fut souvent utilisé comme fond pour les rosaces et autres ornements.

Bien qu'assez riche, le décor des meubles polychromes est plus simple en Alsace qu'en Suisse, au Tyrol ou en Bavière.

On distingue :

a) des motifs d'inspiration géométrique et symbolique :

Le pentacle, qui insère une forme pentagonale entre ses branches. Avec son étoile à 5 branches, elle symbolise le mariage, le bonheur dans la vie conjugale, mais est aussi un puissant moyen de conjurer les puissances maléfiques ; l'étoile à 6 branches ; les svastikas, symbole solaire qui viendrait de l'Inde ; le losange, symbole féminin ; le soleil irradiant, statique ou dynamique ; le cœur, symbole d'affection et d'amour.

b) ceux empruntés au règne végétal :

Rosaces et roses, symbole de l'épanouissement de l'âme et de l'amour, devenu dans l'iconographie chrétienne le symbole des 5 plaies du Christ ; la tulipe, fleur ayant toujours eu une haute valeur symbolique (calice parfait, elle reçoit les dons que Dieu distribue ; calice épanoui, elle est l'élément femelle) ; la fleur de lys, emblème royal, sublimé par la religion chrétienne en lui donnant le sens de la pureté ; l'œillet d'origine turque, propagé dans l'iconographie occidentale par les croisés, dont les épouses avaient copié le motif dans les broderies ; mais aussi l'anémone, la pensée, la marguerite, le muguet, le bleuet, le myosotis.

Les bouquets sont présentés dans des vases, les vases du grand siècle étant ceux qui eurent le plus de succès dans la peinture populaire.

Parmi les fruits les plus représentés, on trouve la grenade, elle aussi venue de Turquie par l'Italie et l'Europe Centrale : l'abondance des graines qui émergent de la fente centrale éclatée est à l'origine de son interprétation d'emblème de la fécondité et de la prospérité. Autre fruit très souvent représenté, le raisin, symbole du sang du Christ.

c) les décors linéaires :

Beaucoup de meubles peints sont décorés de rinceaux blancs crème, décors linéaires avec des motifs de tulipes peints à main levée.

On trouve aussi le huit couché, symbole de longévité.

Quant à l'arbre de vie, il symbolise comme motif décoratif les forces vives et créatrices de la nature, la croissance et la vie. Il est un des signes porte bonheur par excellence.

Les meubles de mariage typiques portaient le plus souvent des initiales ou le nom de la mariée et du jeune époux, et la date de mariage. Quelquefois, se trouvait aussi la référence d'un psaume, une sentence religieuse moralisante ou humoristique.

Chaque génération apportait de nouveaux meubles peints "en ménage", et on en reléguait une partie au grenier, dans la chambre des valets. Ces armoires ou coffres furent souvent transformés en clapiers à lapins ou en pigeonniers.

Ces meubles ne jouirent plus d'aucune faveur à partir des années 1900. L'entre deux guerres leur donnèrent le coup de grâce.

 

Bibliographie


 

Georges KLEIN " Le mobilier polychrome en Alsace" - Edition Alsatia - Colmar

Lucile OLIVER "Mobilier alsacien " - Edition CH-Massin - Paris

 

Lien

vers un article du site : polychromie alsacienne, réalisation d'une armoire du XVIIIe siècle

 

   

 

 


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