Les meubles peints anciens en Suisse

Interview de Claude Allegri
Galerie Allegri Antiquités
Route Cantonale
CH – 1659 Flendruz
Suisse
Téléphone : +41 (0) 26 925 82 78
Fax : +41 (0) 26 925 93 27
info@allegriantiquites.ch
www.allegriantiquites.ch

Les meubles peints reproduits ici sont exposés à la Galerie Allegri Antiquités à Flendruz près de Gstaad ou ont été vendus par celle-ci lors des dernières années.

 

1/ Claude Allegri, vous avez créé une galerie d’antiquités tout près de Gstaad en Suisse. Vous y exposez une collection de meubles paysans, rares et nombreux sont peints. Comment expliquer cette passion ?

 

Peut-on expliquer une passion ? Mes parents, tailleurs, n’avaient pas de culture en particulier en ce qui concerne les antiquités ;  pourtant, ma mère avait récupéré des meubles en mauvais état de ses parents et les avait fait restaurer. Jeune homme, si j’avais un cadeau à faire à une amie, j’essayais de trouver un objet ancien chez un brocanteur, plutôt qu’une bouteille de parfum… A 24 ans, j’ai fait le tour du monde et la grande majorité des objets que j’ai ramenés comme souvenirs sont des pièces anciennes que je trouvais chez les marchands de vieux. Après avoir été instituteur pendant 3 ans et demi, puis entrepreneur dans la construction de chalet, je suis devenu antiquaire avec un ami qui avait un magasin resté longtemps vide dans sa maison à Rougemont près de Gstaad.

 

2/ Comment peut-on reconnaître un meuble alpin ?

 

Le meuble ne peut pas se classifier comme la botanique ou les éléments du corps humain. De par son isolement, chaque vallée a développé des caractéristiques différentes, en fonction du caractère des habitants, de la richesse, de la situation géographique, de la force de la religion, et, surtout par l’influence de quelques artisans importants qui ont marqué le lieu par des techniques et des esthétiques personnelles qui sont restées longtemps en vigueur ; en effet, les artisans étaient souvent autodidactes et il n’y avait pas de formations générales interrégionales qui engendrent l’uniformité. De ce fait également, les techniques étaient simples et la fantaisie abondante. Donc, ce n’est pas dans les détails que l’on peut reconnaître un meuble alpin ; les détails peuvent déterminer la région ou la vallée.

Les seuls points communs sont :

- Pas de marqueterie délicate (technique trop compliquée) mais, si il y a,  décors en incrustations (bois différents incrustés dans une surface homogène) ou sculptures

- Bois le plus généralement utilisé : dans l’ordre, le sapin, l’arolle, le mélèze et les fruitiers dans les vallées basses

- Absence de décors lourds sculptés (têtes de lions, cariatides, etc.)

- Généralement, les meubles sont bas (180 à 190 cm) ; pourtant dans les vallées basses, où les maisons sont plus grandes et hautes, on peut également trouver des meubles jusqu’à 200-230 cm, surtout dans les maisons patriciennes

- Ils sont souvent très originaux car toujours faits sur commande pour un usage et un endroit particulier.  A remarquer que ces caractéristiques générales sont aussi valables pour des régions comme les montagnes de l’Afghanistan ou du Tibet…

 

3/ Pouvez-vous nous faire une petite histoire des décors peints des meubles alpins ?

 

Jusqu’au XVIIe siècle en régions alpines, dans les campagnes et plus particulièrement dans les vallées, les menuisiers et les paysans souvent eux-mêmes, construisaient leurs meubles pour la plupart en sapin et en arolle (essentiellement des coffres qui servaient à tous usages). Les résineux se trouvaient en abondance et étaient faciles à travailler. Parfois, ces meubles étaient décorés de sculptures simples (rosaces, étoiles, etc.).

Dès 1600 environ, la Renaissance italienne apporta le goût du faste et du décor en Helvétie, importé par le mercenariat qui a fait découvrir le monde à des capitaines revenus fortunés. Les familles riches commandaient de magnifiques meubles ornés d’incrustations et de marqueteries (paysages en perspective, motifs géométriques ou fleurs stylisées…). C’est pour imiter ces marqueteries que les plus pauvres et les artisans moins habiles commencèrent à peindre au pochoir, sur leurs meubles plus simples, des motifs géométriques foncés et monochromes. Ainsi, au début la peinture sur meuble était la marqueterie du pauvre.

peinture au pochoir sur coffre bernois
Planche 1 : Peinture au pochoir, petit coffre bernois de 1672
© galerie allegri antiquités

Plus tard, certains éléments des décors se sont animés de rouge ou de blanc pour ressembler à des fleurs qui deviendront bientôt des fleurs stylisées peintes à main levée ; d’autres couleurs s’ajoutèrent : le vert, le jaune, le bleu… Au XVIIIe siècle, en même temps que l’on voyait de plus en plus d’armoires dans les maisons, le pochoir a été de plus en plus mis de côté au profit du riche décor stylisé peint à la main, avec des oiseaux, des fleurs dans des vases, des cœurs et autres motifs décoratifs populaires. N’ayant pas une maîtrise technique suffisante pour une reproduction fidèle de la nature, les artisans-peintres-sur-meubles ont généré une expression créatrice originale par la stylisation de celle-ci et ont essaimé certaines campagnes et vallées de purs chef-d’œuvre de décoration (planche 2). Ce n’est qu’aux temps de l’Art Nouveau et de l’Art déco que l’on remettra en valeur la stylisation de la nature, après la découverte de la photographie qui a d’un coup dévalorisé la peinture naturaliste..

peinture XVIIIe siècle sur buffet bernois
Planche 2 : Peinture stylisée, buffet bernois de 1780
© galerie allegri antiquités

La peinture sur meuble a ensuite évolué régionalement. Le subit intérêt de la société pour la campagne, déclenché par Jean-Jacques Rousseau, a inspiré des peintres sur meubles qui n’ont pas craint de peindre des vaches ou des vachers fumant la pipe… Le Seeland bernois et la région de Schwarzenburg sont restés fidèles à la peinture stylisée et ont créé les plus beaux chefs-d’œuvre du genre (planche 3) ; dans l’Oberland bernois et le Pays-d’Enhaut vaudois, on trouve les meubles peints sur un fond bleu-vert inimitable et qui sont très recherchés pour cela et pour la finesse des bouquets (planche 4). Dans le Toggenburg (St Gall), l’influence « baroque » a été très forte ; anges, trompe-l’œil, nuages et chérubins et autres images religieuses ont décoré lits, armoires, coffres, etc. (planche 5). On y a aussi aimé la représentation des fruits, du raisin en particulier (planche 6).

peinture stylisée sur coffre bernois
Planche 3 : L’apogée de la peinture stylisée, coffre bernois de 1750
© galerie allegri antiquités

fond bleu-vert de l'oberland
Planche 4 : Le fond bleu-vert de l’Oberland bernois, buffet de 1789
© galerie allegri antiquités

lit baroque saint-gallois
Planche 5 : Peinture « baroque » du Nord-Est de la Suisse, lit Saint-Gallois de 1800 environ
© galerie allegri antiquités

décor de fruits sur armoire du XVIIIe siècle
Planche 6 : Décor de fruits, panneau d’une armoire du Toggenburg de 1742
© galerie allegri antiquités

Tout près d’Appenzell, à la fin du XVIIIe siècle, une puissante émulation s’est développée et a engendré un nombre incroyable d’objets peints : armoires,surtout, coffres, fonds de seillons, boites… Essentiellement, ce sont des paysages animés campagnards avec des animaux, des scènes de genre cocasses (planche 7) ou des scènes solennelles avec des personnages en redingotes et costumes  (planche 8) ou encore des paysages animés imaginaires avec des éléments de décors baroques comme les coquilles et les colonnes en trompe-l’œil (planche 9).

armoire peinte de conrad stark
Planche 7 : Armoire peinte par Conrad Stark en1819. Une imagination fertile !
© galerie allegri antiquités

détail d'une armoire d'appenzell
Planche 8 : Panneau particulièrement original provenant d’une armoire appenzelloise de 1778
© galerie allegri antiquités

armoire saint-galloise du XIXe siècle
Planche 9 : Impressionnante armoire de mariage Saint-Galloise de 1803
© galerie allegri antiquités

Des peintres se sont faits un nom célèbre : Conrad Stark (1765-env. 1830), Bartolomaüs Lämmler (1809-1865), Bartolomaüs Thäler et son école ou encore un peintre anonyme, passionné des inventions de l’époque, dit « le peintre des paratonnerres » a peint les premiers bateaux à vapeur et a mis des paratonnerres sur tous les édifices (planche 10)

peintre des paratonnerres XIXe siècle
Planche 10 : Panneau d’un lit peint par le peintre des paratonnerres en 1825
© galerie allegri antiquités

Dans une moindre mesure, d’autres régions, dont l’Entlebuch (Lucerne), ont également produit des meubles peints intéressants (planche 11). Dans l’arc alpin, le meuble peint a suivi une évolution parallèle également très prolifique en Bavière et an Autriche où les sujets religieux sont omniprésents.

armoire peinte lucernoise
Planche 11 : Armoire lucernoise de 1800 environ, la peinture a été retrouvée sous une peinture grise uniforme appliquée à la fin du XIXe siècle probablement
© galerie allegri antiquités

A la valeur artistique de ces meubles si décoratifs, s’ajoute le « vécu » de l’objet ancien qui donne vie à un intérieur. Les teintes, oxydées et patinées par le temps, se sont liées en une douce harmonie, des subtiles usures dues à la lumière et à leur usage animent les surfaces. La naïveté émouvante des artistes transparaît, tout cela contribue au succès du véritable meuble peint ancien.

 

4/ Des ateliers de fabrication et/ou de décoration se sont-ils organisés et développés ? Ou bien le meuble peint alpin est-il resté une activité individuelle ?

 

Les meubles étaient fabriqués souvent par les paysans eux-mêmes qui avaient du temps en hiver et qui pouvaient être très habiles. Mais il y eut aussi des artisans qui travaillaient sur commande. Les ateliers FUNK étaient installés à Berne et produisaient des meubles bourgeois raffinés qui s’apparentent aux meubles de style parisiens et n’ont donc rien à voir avec les meubles alpins.

 

Contact avec la galerie Allegri Antiquités 

 

« La galerie Allegri Antiquités est installée depuis 1985 dans le village de Flendruz, à quelques kilomètres de Gstaad en Suisse. Elle offre, sur 500m2, une collection de meubles paysans rares et d'objets d'art populaire qui sont strictement sélectionnés en fonction de leur authenticité et de leur esthétique… »

Galerie Allegri Antiquités
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lundi-vendredi 10-12h et 14-17h30
Samedi 10-12h et 14-17h
Fermé le dimanche et fêtes générales

 

   

 

 


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