le motif du lion

catherine auguste
par Catherine Auguste
ancienne élève
des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités


frise du palais du roi Assourbanipal à Ninive, début du Ier millénaire av. J.-C.

Le lion est considéré comme le roi des animaux terrestres. Il est une des figures allégoriques les plus fréquemment représentées. Son aspect quasi-divin se retrouve dans les croyances populaires : il prête ses traits aux dieux égyptiens, dans la Bible il se couche auprès du prophète, dans les légendes romaines il entoure Orphée… Le cabinet des félins de la grotte de Lascaux est ornée de lions des cavernes que certains s'accordent à rapporter à un animal de type solaire, courageux et protecteur. Quand le Zodiaque est codifié, le lion devient un signe de feu du milieu de l'été, exprimant l'ambition, l'orgueil, l'élévation.

Le lion est donc tout à la fois symbole de puissance, de force, de souveraineté (il est souvent représenté comme le gardien des portes des temples et des palais), de magnanimité (il épargne les bêtes faibles). Il est aussi la justice : les lions du trône de Salomon, du trône des rois de France, des évêques à l'époque médiévale. Dans l'iconographie, il porte le livre ou le rouleau, il devient Christ-Juge. Sa tête et sa partie antérieure semble correspondre à la nature divine du Christ et la partie postérieure qui contraste par sa faiblesse, à la nature humaine.

Sous l'antiquité égyptienne, le lion vivait dans le désert là où apparaît et disparaît le soleil, il est l'animal du feu céleste et prête sa forme à plusieurs divinités : Atoum, dieu égyptien associé au dieu solaire Rê, Sekhmet, déesse guerrière. Diodore de Sicile raconte le culte des animaux sacrés en Egypte avec surprise : on y fait la plus grande dépense pour leur entretien, on les nourrit d'aliments particulièrement choisis, on les protège dans des enceintes. 

Au contraire de l'Egypte, la Mésopotamie donne aux dieux une forme humaine et les animaux qui les accompagnent leur sont soumis. Toutefois, l'animal reste un reflet de la puissance divine : le lion ailé crachant des flammes est associé au dieu de l'orage Adad. L'animal est souvent un génie ou plus souvent un démon que le dieu suprême essaie de tenir en bride. L'attitude du dieu debout sur le lion ou posant le pied dessus symbolise la puissance divine.

En Grèce antique, le premier des travaux d'Hercule consiste à tuer le lion de Némée, il se revêt de sa peau pour en faire une cuirasse, la tête lui servant de casque : le lion est une représentation de la puissance protectrice.


premier des douze travaux d'Hercule, Hercule étouffant le lion de Némée
d'après un plat en argent du VI° siècle après J.-C., cabinet des médailles, Paris 

Le monde animal prête souvent ses formes, parfois hybrides, aux puissances de second-rang dont voici quelques exemples :

- la chimère : animal monstrueux, lion à queue de serpent portant sur son dos la partie antérieure d'une chèvre. Selon la tradition grecque, le roi de Lycie demande à Bellérophon de la tuer. Celui-ci y parvint avec l'aide du cheval ailé Pégase.

- le griffon : corps de lion ailé à la tête de rapace. Elaboré en Egypte et Mésopotamie où il est gardien du trône royal et guide des morts vers l'au-delà ; il sera plus tard au service d'Apollon chez les Grecs. Le griffon traverse les siècles avec succès, il est force et vigilance. La symbolique chrétienne le reprend et le figure sur les monuments religieux et funéraires.


griffon, grotesques de Daniel Hopfer, Allemagne, 1527

- le sphinx : un corps de lion, une tête humaine, généralement assis. Sa véritable patrie est l'Egypte : le sphinx de Giseh veille sur le royaume des morts.

Roi des animaux, feu solaire, le lion figure donc dans l'art décoratif dès que la symbolique de la puissance est à représenter. Plus près de nous, les exemples continuent :

- l'héraldique offre de multiples blasons aux décors léonins.


lions entourant un cartouche tiré de grotesques de Enea Vico, XVI° siècle

- le mobilier Empire repose sur de nombreuses pattes de lions et l'ornementation de la même époque se sert du modèle du sphinx égyptien le plus souvent utilisé en double se faisant face ou dos.


le trône de l'empereur Napoléon Ier dessiné par Percier et Fontaine,
musée des arts décoratifs, Paris

- lions et dérivés léonins agrémentent les décors, armoires et papiers peints utilisés en double se faisant face ou dos (papiers peints du musée de Rixheim)


papier peint en arabesque, panneau aux Guirlandes de Fleurs
XVIII° siècle, musée du papier peint de Rixheim

- on le retrouve dans la ferronnerie, les poignées de vase alors affublé d'un anneau dans la gueule.

Présent dans tous les arts décoratifs, le lion est sans doute l'animal qui offre le plus de possibilités de symbolique - puissance, feu, magnanimité, justice…- et de stylisation - réaliste, grotesque, hybride, découpé (juste la tête ou les pattes).

…et qui ne connaît pas le lion de Peugeot ou celui rugissant des films de la Metro Goldwyn Mayer ?


(détail) Mufles de lions ornant un plat ovale, émail peint en grisaille, Limoges, XVI° siècle

armoire d'uzès
armoire type d'Uzès, avec lions, travail de Monique Maindret

 

Livres

 

Les animaux sacrés dans l'antiquité, 
Jean Prieur, 
édition Ouest France, 1988

Decoupage, the big picture sourcebook
Eleanor Hasbrouck Rawlings, 
édition Dover


Curious Woodcuts of Fanciful and Real Beasts
A Selection of 19O Sixteenth-Century Woodcuts from Gesner's and Topsell's Natural Histories, 
Conrad Gesner, 
édition Dover


Big Book of Animal Illustrations 
(Dover Pictorial Archive Series), Maggie Kate, édition Dover

 

   

 

 


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