La finition du bois d’hier à aujourd’hui
interview de Céline Dubord, auteure de l'ouvrage

Céline Dubord
Ebéniste diplômée en techniques des métiers d’art
Présidente de l’Institut Québécois d’Ebénisterie

Cet ouvrage traite, comme son titre l’indique, d’un aspect important de l’apprentissage de l’ébénisterie, la finition. Destiné d’abord aux enseignantes et enseignants ainsi qu’à leurs élèves, il s’adresse aussi aux artisanes et artisans, qui pourront, grâce aux conseils pratiques et aux méthodes d’application suggérées, réaliser des finitions qui sauront mettre en valeur leur travail.

Les auteurs abordent ici le plus large éventail possible de types de finis et de méthodes pour les appliquer. De plus, ils accordent une attention particulière aux questions touchant la santé et la sécurité des personnes travaillant en ébénisterie. Par ces qualités pédagogiques indéniables, ce manuel devrait inciter les lecteurs et lectrices à consacrer les efforts nécessaires, en fin de parcours, pour donner à leur ouvrage tout l’éclat et toute la noblesse qu’il mérite.

la finition du bois d'hier à aujourd'hui de céline dubord

 

Votre livre se présente comme un inventaire des techniques de finition sans omettre la sécurité des personnes.
Quels conseils de précaution donneriez-vous en priorité ?

 

La finition de meubles est un domaine passionnant, mais elle comporte sa part de dangers pour la santé et la sécurité des personnes s’adonnant à cette composante de l’ébénisterie où la fréquence des accidents reste très élevée.

Dans ce manuel, nous avons tenté de présenter le plus clairement possible les consignes de sécurité à respecter quand il s’agit, par exemple, de manipuler des produits chimiques dangereux ou de se débarrasser après utilisation, des résidus de ces produits, ou encore, de rendre un lieu de travail sécuritaire.

De façon générale, il convient de rappeler que les produits dangereux doivent être conservés dans des contenants prévus à cet effet et placés hors de la portée des enfants et d’autre part, il n’y a qu’une seule façon d’éviter les coûts et les pertes qu’occasionnent les accidents de travail et les maladies professionnelles : la prévention.

En matière de prévention, il existe des mesures individuelles (vêtements, lunettes protectrices, gants de protection, respirateurs) et collectives. Parmi les mesures collectives, la ventilation est une priorité et le chapitre 1 traite du sujet. Les mesures de protection propres à l’utilisation de produits particuliers sont mentionnées tout au long des chapitres.

 

Vous consacrez un chapitre à la préparation des surfaces, en quoi cela consiste-t-il pour avoir un beau fini ?

 

 Il existe plusieurs étapes à suivre avant de procéder à la finition d’un meuble. Ces opérations préparatoires sont cruciales et constituent la seule garantie d’un bon résultat final. Les imperfections sur un meuble ne sont pas masquées par la finition. Bien au contraire, celle-ci les fera ressortir. Dans ce livre, vous apprendrez comment effectuer les petites réparations les plus courantes avant de procéder à la finition. Le ponçage fait aussi partie des étapes de préparation des surfaces. Il a pour but d’éliminer les traces laissées par les machines-outils, le façonnage ou les ponçages antérieurs.

Le remplissage est une technique utilisée en ébénisterie pour camoufler les imperfections du bois sur un meuble, à l’aide d’une pâte fabriquée artisanalement ou de façon industrielle.
En finition de meuble, le décapage est chose courante. Il consiste à nettoyer la surface d’un meuble en enlevant une ou plusieurs couches de produits de finition à l’aide d’un décapant. Plusieurs méthodes servent à décaper en partie ou en totalité les vieux finis, mais elles ne sont pas toutes applicables aux meubles; dans certains cas, elles pourraient même les endommager. Vous devez procéder à un essai sur une zone cachée du meuble à décaper avant d’accomplir l’ensemble du travail.

La manipulation du bois ou l’utilisation de certains bois exotiques huileux rendent nécessaire un dégraissage des surfaces avant de procéder à la finition. Plusieurs produits sont conçus à cette fin.
La décoloration des bois est nécessaire pour se débarrasser de petites taches incrustées dans le fil, pour éclaircir la teinte du bois ou harmoniser la tonalité de l’ensemble.
Les bois exposés à des changements de température subit des transformations avec le temps. Ces changements sont discernables par les veines du bois, mises en relief par la formation de sillons. Vous pouvez attendre quelques années avant de pouvoir observer ces changements ou décider d’imiter le vieillissement naturel.
Enfin, nous expliquons en quoi consiste le bouche-porage et décrivons les préparations utilisées avec ce procédé.

la finition du bois d'hier à aujourd'hui, le ponçage
exemple de page du livre "La finition du bois d'hier à aujourd'hui"

 

Quelles sont les techniques de décolorations les plus efficaces ? Peut-on revenir à la couleur d’origine du bois ? Cela ne fragilise-t-il pas le bois ?

 

Au 18e siècle, le chercheur russe Lowitz observe que le charbon de bois et les os carbonisés ont un pouvoir décolorant sur les liquides. En 1789, la décoloration par le chlore est découverte par le chimiste français Berthollet,  et perfectionnée en 1794 par Descroizilles et en 1824 par Gay-Lussac.
La chlorométrie, ou dosage du chlore dans un décolorant, améliora la technique de décoloration de meubles. C'est à partir de cette époque que des bois déjà pâles, comme l'érable, devinrent presque blancs ou arborèrent des tons exceptionnels de crème grisâtre, que le noyer brun prononcé prit une belle teinte de gris argenté, platiné ou revêtit le gris rosacé de l'onyx, et que l'acajou se para de tons blonds appréciés des plus fins connaisseurs.

Aujourd'hui encore, les ébénistes choisissent souvent d'utiliser un décolorant avant d’effectuer la finition.
Par exemple pour effacer des traces d'humidité (taches grises) laissées par un vernis détérioré, vous devez d'abord décaper le meuble.
Décapez l’ensemble du meuble s’il est en mauvais état ou une partie seulement si son aspect général est bien conservé. Ensuite, procédez au nettoyage des taches avec de l'acide oxalique. Ce produit se présente sous forme de petits cristaux à dissoudre dans de l'eau; il est parfois commercialisé sous le nom de sel d'oseille.
La préparation se fait dans un bocal de verre à demi rempli d'eau tiède :
- Ajoutez 100 g de cristaux par litre d’eau tiède (jamais l’inverse).
- Remuez avec une spatule de bois jusqu'à dissolution des cristaux.
Tous les bois ne réagissent pas de la même manière à la décoloration; effectuez d’abord un essai sur une partie non visible du meuble.
L’effacement complet d’une tâche peut nécessiter plusieurs applications.

Lorsque vous choisissez d’éclaircir ou d'uniformiser la teinte d'un bois naturel ou décapé et que l'acide oxalique n’est pas assez puissant pour fournir la décoloration voulue, il est préférable de faire appel à un éclaircisseur à deux composants. Conditionnés dans deux flacons, clairement étiquetés  A et B ou 1 et 2, le premier contiendra un alcali et le second de l'eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène 30 % vol.). Auparavant, l’alcali le plus utilisé était l’ammoniaque. Parce que celui-ci est irritant et corrosif, qu’il peut occasionner des brûlures graves de la peau, des cicatrices sur la cornée ou la perte de vision, de la toux, des essoufflements, des douleurs à la poitrine, de l’œdème pulmonaire (eau sur les poumons) se manifestant dans les 48 heures suivant une exposition, on le remplace par de l’hydroxyde de sodium.
La première étape consiste à verser l’alcali du contenant A dans un récipient de verre et à l’appliquer uniformément à l'aide d’un pinceau, que vous marquez d’un A.
Au bout de 5 à 10 minutes, le bois fonce légèrement. La prochaine étape consiste à verser le contenant B dans un autre récipient de verre et à appliquer le contenu comme précédemment avec un autre pinceau, que vous marquez d’un B. La réaction chimique produira une légère effervescence en surface.
Laissez agir le produit jusqu'à l'obtention du ton recherché (cela peut nécessiter quelques jours, si vous répétez les opérations plusieurs fois), puis neutralisez l'action du décolorant à deux composants en rinçant abondamment à l’eau, à l’aide de chiffons complètement détrempés, le bois décoloré.
Laissez sécher le meuble deux à trois jours avant de rabattre le grain par un léger ponçage et de faire la mise en teinte.

Note : Ne mélangez jamais les deux composants et utilisez pour chacun un pinceau de fibres inaltérables marqué A ou B. Ne portez pas de verres de contact lors de l’utilisation de produits à deux composants et protégez la peau et les yeux.

 

Le bouche-porage est-il essentiel dans la préparation d’une surface ?

 

Les bouche-pores sont destinés aux bois à pores ouverts tels que le chêne, l’acajou, le palissandre, le noyer noir, le noyer cendré ou les bois ayant des gerces comme le bois de rose et la loupe d’orme. Ils donnent un fini lisse et doux.
Le bouche-porage est une étape qui vient après le ponçage de finition et la mise en teinte, le cas échéant, et avant l’application d’un fini transparent. Il demande patience et dextérité, mais limite par contre le nombre de couches de vernis nécessaires à la finition.
Aux 18e et 19e siècles, lorsqu’un vernis au tampon était prévu comme type de finition, le plâtre de Paris mélangé à de l’eau et à des pigments était le bouche-pores le plus répandu. Cette pratique a cessé, car ce produit tournait au blanc sous le vernis. Les bouche-pores à base d’amidon, de talc ou d’albâtre ont remplacé alors les bouche-pores au plâtre de Paris. Le bouche-pores à la pierre ponce (remplissage) est présentement le meilleur choix que l’on puisse faire lorsqu’il s’agit d’appliquer par la suite un vernis au tampon. En finition traditionnelle, la finesse du fini à la pierre ponce est due au fait que celle-ci le remplit les pores.

En finition industrielle, les produits sont faciles d’emploi, mais demandent aussi temps et dextérité. L’emploi de produits industriels nécessite parfois plusieurs applications, deux ou trois essuyages ainsi qu’un ponçage final. Ils sont généralement vendus prêts à l’emploi, sous la forme d’un mélange de poudre extrêmement fine, de solvant, de liant et de pigments.
Il est à noter que les produits de bouche-porage industriels se rétractent au séchage et que les colorants utilisés dans leur préparation ne réagissent pas à la lumière de la même façon que le bois. Un œil averti peut déceler ces nuances. Malgré tout, ces produits sont très efficaces. Il est cependant important de les choisir judicieusement.

 

exemples de page du livre "La finition du bois d'hier à aujourd'hui"  

 

S’occuper des finitions du bois, c’est aussi vieillir prématurément un bois trop neuf. Avez-vous des recettes à la portée de tous ?

 

Les techniques pour vieillir le bois prématurément sont très variées. Les premières ont été utilisées sur le mobilier par les Japonais, il y a plusieurs siècles. Dans les pays occidentaux, la technique du vieillissement a été très à la mode dans les années 1960. Aujourd'hui, vous pouvez l’envisager de deux façons : le vieillissement de la texture du bois et le vieillissement à l'aide de fausses patines. L'utilisation de l'une ou de l'autre de ces techniques vous dispense du rasage au racloir des fibres hérissées. Vous devez prendre note que certains bois deviennent plus foncés en vieillissant tandis que d’autres palissent.
Il existe présentement trois méthodes permettant d’obtenir une texture simulant celle du bois érodé : frotter la surface à la brosse métallique, la brûler au chalumeau ou la décaper au jet de sable.
Lorsque vous voulez provoquer une usure des parties tendres du bois et mettre en relief ses veines, vous pouvez les frotter avec une brosse métallique. Celle-ci est vendue selon différentes grosseurs de fil et divers types de matériaux. Avec de la patience, vous parvenez à creuser le bois de printemps (la partie du cerne annuel de croissance datant du début de la période de croissance) et à former ainsi des sillons donnant au bois l'aspect vieilli recherché. La brosse métallique avive le ton du bois sans en modifier la teinte.

Si vous voulez assombrir des essences de bois dur, vous pouvez utiliser le chalumeau. La méthode consiste à faire roussir légèrement le bois en surface; pour faciliter ce travail, vous ramollissez auparavant le bois, en l'imprégnant d'acide chlorhydrique ou d'ammoniaque étendu au pinceau. Vous devez travailler la surface du bois uniformément et progressivement. Pour terminer le vieillissement au chalumeau, frottez le bois à la brosse métallique, puis au tampon de laine d'acier pour en éliminer les parties carbonisées et donner de l'éclat aux parties les plus brûlées. Si vous désirez ensuite teindre votre meuble, il faut avoir recours à des produits décolorants ou vous limiter à l'emploi de teintes assez claires. Cette technique est utilisée en création, mais n’est pas indiquée en reproduction de meubles ou en restauration.

Le jet de sable ne sert peut-être pas au décapage en ébénisterie, mais il est parfois utilisé pour vieillir le bois artificiellement. En utilisant cette technique, vous obtenez une texture similaire à celle du bois qui s'érode sur une plage de sable. Lorsque vous choisissez d'utiliser la méthode du jet de sable, il faut bien calculer la durée du processus pour ne pas endommager les parties les plus fragiles du meuble. Il est pratiquement impossible de vous renseigner sur le temps d’application puisqu’il y a trop de facteurs à considérer pour être précis. Prévoyez faire plusieurs essais.

Une fois que votre meuble a la texture que vous voulez, vous pouvez conserver la teinte du bois ou l'altérer chimiquement en imitant la patine que prend généralement le bois avec l'âge.

Vous obtiendrez celle-ci grâce à des substances colorantes qui donnent au bois une teinte plus sombre ou plus pâle. Les résultats sont variables selon l'hygrométrie du bois. Il est préférable de faire des tests avant sur des rebuts de la même essence.

Malgré les tests, vous ne pouvez jamais prévoir la couleur définitive, car des variations peuvent se produire au cours d'un même processus d'application. Ne soyez pas surpris de voir des traces blanchâtres au séchage; c'est normal; vous n’avez qu’à nettoyer la surface avec de l'eau et du vinaigre (dans des proportions de 4 parties d’eau pour 1 partie de vinaigre) à l'aide d'une éponge afin que les taches disparaissent, ce qui du coup, arrêtera le processus corrosif.

 

Quand on pense finition, on pense à la cire. Quel est son rôle ?

 

La cire est utilisée en ébénisterie à partir du Moyen âge.  Les Égyptiens (325 av. J.-C.) s’en servaient en tant que colle et liant pour les peintures. Les Romains et les Byzantins en ont fait aussi grand usage dans les iconographies des VIe et VIIe siècles. Cette technique reprend ses lettres de noblesse au XVIIe siècle. De nos jours, la cire est très peu employée pour la peinture de meubles; elle est surtout appliquée en patine ou en protection finale.

 

Vous dressez une liste des effets désagréables et visibles sur la couche finition comme les taches blanches, le cloquage, les craquelures. Donnez-vous aussi les remèdes ?

 

Chacun des problèmes décrit dans le livre comprend : la définition, la cause, les solutions et les corrections.

 

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au sommaire :

1/ Aménagement d’un atelier de finition artisanal
(Le laboratoire, la cabine de vaporisation et la salle de séchage)
2/ Sécurité des personnes
(Lois et règlements, vêtements, lunettes protectrices, gants de protection, respirateurs, etc. )
3/ Outillage
(Pinceaux et brosses, grattoirs, racloirs et couteaux, abrasifs, ponceuses, compresseur, pistolets vaporisateurs)
4/ Théorie des couleurs
(Effets de la couleur, les synthèses, cercle chromatique, couleurs, harmonies de couleurs, tons, contrastes, mélanges)
5/ Préparation des surfaces
(Ponçage, remplissage, réparations mineures, décapage des finis, dégraissage des surfaces, décoloration des bois anciens et des bois neufs, vieillissement prématuré des bois neufs, bouche-porage)
6/ Volet traditionnel
(Pigments, résines, liants, additifs, huiles, méthode de finition traditionnelle)
7/ Volet industriel pour l’artisan
(Colorants, solvants, revêtements industriels)
8/ Problèmes généraux reliés à la finition
(Conséquence du stockage des produits, inégalité d’absorption, inégalité de couleur en cours de travail, vaporisation défectueuse, application difficile d’un fini à l’huile, coups de pinceau visibles dans le vernis sec, taches blanches sous le vernis laque, coulures, cloquage, etc.)
Lexique chimique
Glossaire de la finition
Chartes des couleurs

 

   

 

 


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