Introduction à la Dorure

par Georges Ménard

Les produits nécessaires sont en vente sur la boutique, dans la partie réservée à la dorure ou sur notre site spécialisé : www.dorure.net.
Vous y trouverez en particulier que vous soyez professionnels ou amateurs des kits complets pour la dorure,
Des pages concernant plus particulièrement la préparation des surfaces avant dorure, un important choix de feuilles de métaux,
les accessoires (fers à reparer, brosses et spatules), tous nos brunissoirs, ainsi que les vernis pour la dorure.
Vous trouverez quelques inclassables ici : poudres et pastilles de métaux.

Vous trouverez également à acheter ici des livres sur la dorure.

 

Rappel historique

 

La dorure telle que nous la connaissons aujourd’hui est apparue durant le premier siècle avant notre ère ; auparavant, il s’agissait plutôt de placage d’or sur un support, la mise en forme étant faite directement sur celui-ci par martèlement (Egypte, Grèce). 

Elle permet de recouvrir un support (bois, papier, cuir, métal …) par une fine couche de métal (or véritable de différents carats, argent, cuivre ) présenté en feuilles ou en poudres. Celui-ci est préalablement encollé soit :

  • Par une colle animale, colle de peau de lapin, blanc d’œuf battu en neige ; c’est la dorure à la détrempe

  • Par de la mixtion à dorer qui est un vernis gras ; c’est la dorure à l’huile. Il existe aussi une mixtion à l’eau qui est une émulsion acrylique, dont la durée de séchage est plus rapide.

  • Par des poudres métalliques qui sont composées soit d’or pur, soit d’alliages de cuivre, d’étain et de zinc : c’est la dorure à l’huile à l’or moulu.

 

La dorure à la détrempe traditionnelle

 

Elle donne les résultats les plus fins mais elle est d’un emploi délicat, résultant de 17 opérations successives sur un bois préalablement bien dégraissé avec de l’ammoniaque et de l’eau.

L’encollage : Il est destiné aux boiseries et tous supports absorbants

Pour la première couche, on fait bouillir dans 1 litre d’eau 2 gousses d’ail, une poignée de feuilles d’absinthe jusqu’à réduction de moitié ; on tamise le jus et on ajoute ½  poignée de sel et ¼ de litre de vinaigre et on ajoute la moitié du volume en colle de peau de lapin (dosée à 150 g par litre) chaude. 

La deuxième couche est préparée avec 150 g de colle de peau de lapin, ½ gousse d’ail émincée et bouillie, 1 litre d’eau, 200 g blanc d’Espagne. Ces préparations sont destinées à protéger le bois des insectes et à imperméabiliser le support. 

L’apprêt de blanc 

On prépare l’apprêt avec 1 litre de colle de peau de lapin (150 g par litre), et 400 g de blanc d’Espagne. Cet apprêt est laissé infuser pendant ½ heure puis passé tiède (30 à 40°) avec une brosse ronde en tapant le support. Il est nécessaire de poser huit couches minces ; en augmentant très légèrement la dilution de l’apprêt. Enfin, on lisse l’enduit avec la brosse trempée dans de l’eau tiède.

Le rebouchage et le peau-de-chiennage

Consiste à boucher les fentes des panneaux avec un enduit fait d’un mélange de colle de peau de lapin pure et de blanc d’Espagne nommé « gros blanc » puis poncé à l’aide d’une peau de chien de mer (actuellement avec du papier abrasif à l’eau). On prépare le gros blanc en versant de la colle de peau sur du blanc d’Espagne jusqu’à l’obtention d’une pâte épaisse (style enduit).

Le ponçage et l’adoucissage 

Il s’agit d’un ponçage sommaire. Après séchage, on ponce les aplats avec une pierre ponce fine (ou du papier abrasif moyen sur une cale à poncer) en époussetant avec une brosse fine et sèche. Puis on lave et on essuie soigneusement. Les parties arrondies sont aussi traitées.

Les réparations

Les gorges et les sculptures sont dégagées d’un excès d’apprêt par des « fer à réparer », sortes de crochets de fer de différentes formes. Les fers à réparer servent aussi à créer un décor dans l’apprêt : fines entailles, motifs floraux…

Le dégraissage

Nettoyage du support avec une éponge douce puis essuyage.

Le prélage

opération de lissage, anciennement réalisé avec une prèle, maintenant avec du papier abrasif très fin (grain 400 puis 600), en faisant attention à ne pas complètement enlever le blanc.

Le coucher du jaune (ou d’une autre couleur)

On mélange 50 g d’ocre jaune bien broyé et détrempé avec son poids d’eau dans ¼ de litre de colle de peau de lapin chaude dosée à 75 g / litre ; On laisse décanter puis on filtre. Cette teinte très légère est passée avec une brosse fine sans insister pour ne pas mouiller excessivement les couches précédentes. Cette couche sert de fond et d’accroche pour l’assiette. Dans le cas d’une dorure à l’or vert, l’ocre est remplacé par un mélange du blanc de titane, bleu de Prusse et une laque jaune citron de façon à obtenir une teinte vert d’eau. Pour la dorure à l’or citron, on utilise une laque jaune citron  (le pigment utilisé par les anciens doreurs est le stil de grain).

L’égrainage

On ponce le jaune avec une prèle ou du papier abrasif pour enlever toutes aspérités.

Le coucher de l’assiette

L’assiette doit être allongée par moitié avec de la colle de peau*, puis passée sur le support avec une brosse en soie de porc longue et mince (brosse à assiette) en une couche sur les parties devant rester mates, trois couches pour celles devant être brunies. Elle est composée d’un oxyde de fer finement broyé et de colle de peau de lapin et se présente en une pâte de couleur jaune, rouge ou noire pour l’argent et l’or blanc.

Le frottage

Il s’effectue à l’aide d’une brosse dure appelée « chien d’assiette» ; cette opération lustre l’assiette sur les parties devant rester mates.

La dorure

Les feuilles sont disposées dans un carnet de 8 cm de coté ;  elles sont extrêmement fragiles, leur épaisseur variant entre 0.1 et 0.8 microns. Elles ont des couleurs différentes suivant leur teneur en or pur :

  • blanc : 12 carats

  • vert : 16 carats

  • jaune : 22 à 23.6 carats

On prélève du carnet la quantité de feuilles suffisante pour le travail grâce à la palette à dorer (l’extrémité de la palette est passée sur la joue pour se graisser) et on les dispose sur le coussin. Puis on mouille la surface à dorer avec un pinceau en petit gris pur, le « mouilleux », avec de l’eau claire et fraîche en commençant par les fonds. La feuille d’or est coupée par le couteau à dorer aux dimensions voulues (le couteau est tenu verticalement sur la feuille et effectue un va-et-vient ; on doit couper la feuille perpendiculairement, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, les morceaux devant être carrés ou rectangulaires), puis happée par la palette. Elle est posée sur le bord de la partie mouillée et en soufflant très légèrement, elle s’étend seule sur le support ; on lui fait épouser les formes grâce à l’appuyeux en tapotant légèrement à sec. Les feuilles ne doivent pas présenter de plis et sont placées bord à bord, le dessus ne doit jamais être mouillé, l’eau la tachant irrémédiablement.

Le brunissage

Au début on brunit les rainures, puis les autres parties ; le brunissage fait briller l’or et se fait à l’aide de pierres d’agates de différentes formes montées sur un manche : les brunissoirs. Il doit s’effectuer quand la dorure et sèche et dans tous les cas le jour même.

Le matage

Les endroits devant rester mat sont encollés avec de la colle de peau tiède et tamisée étendue de moitié d’eau, passée légèrement en une couche pour ne pas décoller l’or.

Le ramendage

Certaines parties de la dorure ont été abîmées ou oubliées ; on répare ces imperfections avec des petits morceaux d’or, posés comme précédemment ou par une peinture à base d’or en poudre et de gomme arabique présentée comme un godet d’aquarelle que l’on dilue avec de l’eau (anciennement nommé «or en coquille»).

Le vermillonnage

C’est une sorte de patine, « le vermeil », passée avec un pinceau très fin dans les rainures et les creux pour donner des reflets ; suivant les cas, les couleurs peuvent être rouges, jaunes, vertes. Le vermeil est traditionnellement préparé avec ½ partie de sang-dragon, 2 parties de rocou, 1 partie de gomme gutte, 2 parties de cendres de bois de vigne et de 18 grains de safran ; on fait bouillir ce mélange dans un peu moins d’un litre d’eau jusqu’à réduction à ¾ de litre, puis on tamise et on mélange avec un liant à base de gomme arabique  (300 g gomme pour 1 l d’eau ). Le vermeil vert est coloré avec de la gomme gutte et un peu de bleu de Prusse, le jaune avec seulement de la gomme gutte.

Le repassage

On repasse une couche de colle de peau allongée d’eau dans les parties restantes mates.

 

*Certaines assiettes sont prêtes à l’emploi ; il suffit de rajouter de l’eau pure ; se conformer aux indications des fournisseurs.

 

La dorure à l’huile

 

Elle demande aussi une préparation minutieuse du support :

Sur des panneaux en bois

Préparation du panneau identique à la dorure à la détrempe jusqu’au passage de l’assiette, puis vernissage avec du vernis gomme laque préparé  avec 150 g de gomme pour un litre d’alcool à 95 °

Passage de la mixtion à dorer en une couche mince et bien égale.

Au bout de trois heures, on commence à poser les feuilles d’or, soit « au livret » pour les grandes surfaces (on appuie le bord de chaque feuilles et on retire le carnet, la feuille s’étendant toute seule), soit avec la palette à dorer comme pour la pose à la détrempe (un pinceau «rondin » remplace l’appuyeux).

Vernissage au « vernis à l’or » (100 g gomme laque, 100 g sang-dragon, 100 g gomme gutte, 100 g rocou / 1 litre alcool 95°, mélange laissé au soleil pendant une quinzaine de jours, en remuant de temps en temps puis filtré) en 1 couche avec un pinceau très souple puis en chauffant avec un réchaud de doreur (boite munie d’un manche et remplie de cendres chaudes) ; ce chauffage rend la transparence au vernis. Le vernissage doit se faire à l’intérieur, dans une atmosphère sèche et chaude.

Deuxième vernissage avec un vernis gras blanc à base de résine copal en plusieurs couches minces espacées de 48 heures

Polissage avec un drap humide et saupoudré de tripoli.

Lustrage avec la paume de la main enduite d’huile d’olive.

Sur métaux

Passage d’une couche d’impression ou d’un antirouille pour les métaux ferreux.

Plusieurs couches fines de peinture à l’huile ocre diluée. 

Polissage avec du papier abrasif 600 à 800 ; la surface doit ressembler à un miroir.

Passage de la mixtion à dorer, puis mise en place des feuilles d’or comme précédemment et enfin vernissage, polissage et lustrage.

La dorure à l’huile n’a pas la finesse d’une dorure à la détrempe ; par contre, elle est plus résistante et peut être employée à l’extérieur (toits, ferrures …). Les feuilles peuvent se chevaucher. Pour dorer de grandes surfaces, on pose directement le bord de la feuille sur la mixtion et on retire le carnet ; La feuille adhère d’elle-même sur le support. C’est la pose au livret. Il existe des feuilles « adhérentes », posées sur des minces feuilles de papier, qui permettent le travail à l’extérieur par jours de vent et facilitent l’apprentissage ; Cependant, leur emploi est limité aux surfaces planes ou légèrement bombées.

La dorure à l’huile à l’or moulu

 

Comme précédemment, il est nécessaire de bien préparer les fonds, les colorer et appliquer la mixtion (ou colorer la mixtion par un pigment). Puis, on saupoudre à l’aide d’un blaireau la surface avec la poudre d’or véritable ou des alliages de cuivre couleur or et on vernit. Cette technique convient parfaitement pour la réalisation de filets. Il faut noter que les alliages de cuivre sont sensibles à l’oxydation. Il est nécessaire de parfaitement les protéger par le vernissage et d’en réserver l’usage que pour des travaux plus ordinaires.

N.B. : Pour obtenir de la véritable poudre d’or, on peut broyer finement les feuilles d’or avec un peu de miel dans un mortier, puis rincer à plusieurs reprise.

 

Matériel nécessaire 

Tous les produits et accessoires sont en vente sur la boutique du site dans la partie réservée à la dorure
ou sur notre site spécialisé www.dorure.net

Brosserie 

  • Brosse ronde n° 4

  • Brosse à assiette

  • Palette à dorer

  • Brosse à mixtion

  • Pinceau mouilleux

  • Pinceau appuyeux

  • Pinceau putois (rondin)

Tous de taille adaptée au travail

Accessoires 

  • Coussin

  • Couteau

  • Brunissoir en agate

  • Assiette à dorer

  • Mixtion à dorer

Les différents ors

Les carnets d’or existent en de très nombreuses variétés ; on retiendra :

  • Or 12 carats ou or blanc : imite l’argent sans avoir l’inconvénient de s’oxyder

  • Or 16 carats : or couleur citron

  • Or 22 carats : or jaune

  • Or 23.6 carats : or jaune fort, le plus utilisé

  • Or 23.6 carats adhérent : or jaune fort posé sur une fine feuille

Ces carnets ont chacun 25 feuilles et mesurent 8 cm sur 8 cm.

Autres carnets ou feuilles 

  • Carnet de 25 feuilles de cuivre 8 / 8 cm

  • Carnet de 25 feuilles de cuivre 14 / 14 cm

  • Lot de 500 feuilles de cuivre 16 / 16 cm

  • Carnet de 25 feuilles d’argent 9 / 9 cm

  • Carnet de 25 feuilles d’argent adhérant 9 / 9 cm

Poudres métalliques

  • Or véritable 23.6 carats 

  • Poudre d’alliage de cuivre, zinc, étain, de différentes couleurs (or pâle, riche pâle, riche, orange (ou Zecchino), vieil or, bronze)

  • Poudre d’aluminium

  • Poudre rouge métal

Bibliographie

 

Cet article est le condensé du traité sur la peinture de Monsieur Béguin, dont je ne peux que louer l’érudition ; Ont servi aussi les chapitres traitant la dorure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

Ouvrages clés :

  • Dictionnaire technique de la peinture de Monsieur André Béguin, auteur et éditeur, 2 rue Danville 75014 Paris

  • Il libro dell’arte de Cennino Cennini (XIV° siècle), édition Berger-Levrault

  • Traité des divers arts du moine Théophile (XII° siècle)

  • Art du doreur de Watin

  • Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

voir également notre sélection de livres sur la dorure en vente sur ce site.

 

   

 

 


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