La chaise

céline dubord
par Céline Dubord du site québécois Institut Québécois d’Ebénisterie
en collaboration avec
Catherine AUGUSTE

Sommaire : 
1/ Une définition de la chaise 

2/ Histoire du confort et des formes 
  Trônes et tabourets pliants en X, modèles les plus répandus jusqu’au  Moyen Âge 
  Une chaise à part, le klismos grec 
  Petites innovations et multiplication des genres de la Renaissance au XVIIIe siècle 
  l’histoire s’accélère, la chaise rentre dans l’ère industrielle 
  le design d’aujourd’hui, tous les matériaux sont permis 

3/ Quelques chaises particulières

1/ Une définition de la chaise


un exemple de chaire :
caquetoire en noyer
(milieu du XVIe)

Le mot chaise vient du latin cathedra signifiant siège, banc, chaire de professeur et trône. Chaise résulterait de la transformation du « r » de chaire en sifflante « s ». La chaire désignera le siège d’un personnage important et la chaise sera attribuée à un siège d’usage courant ordinairement sans bras. 

On s’assoit sur une chaise, c’est sa fonction première. L’homme a besoin de s’asseoir mais, il peut s’asseoir de différentes manières pour se déplacer, se reposer, lire, travailler… La multiplicité des expressions sont assez évocatrices là-dessus : chaise à bras, chaise longue, chaise percée, chaise haute, chaise de bureau, chaise roulante… 

Indépendamment de ces pratiques culturelles, le siège soutient toujours le poids du corps et la pression exercée ainsi sur le bassin amène l’utilisateur à changer de position toutes les dix à quinze minutes. Cette gêne a sans aucun doute contribué à de nombreuses recherches de confort (support lombaire, inclinaison, rembourrage…). Et pourtant la chaise idéale ne semble toujours pas exister !

Ce bref résumé sur la chaise essaie de montrer comment l’essor des genres est lié à cette insatisfaction de confort et aux pratiques culturelles.

2/ Histoire du confort et des formes


ployant en X, bois sculpté et doré, époque Louis XIV

a/ Trônes et tabourets pliants en X, modèles les plus répandus jusqu’au  Moyen Âge

Les sièges les plus anciens ont été découverts dans les tombes égyptiennes. Ce sont des sièges à dossier à angle droit, aux décors raffinés dont un des plus beaux exemples est la chaise de la tombe de Toutankhamon. Il s’agit d’un trône de cérémonie, muni d’accotoirs et d’un piétement en X. Les trônes symbolisent le rang social et le pouvoir. Cependant la simple vue montre l’absence certaine de confort due à un dossier très droit et une assise sans forme. 

A côté de ce luxe éclatant, le tabouret en X, hérité de l’Antiquité, est largement répandu car il se plie et se déplace aisément. Le trône de Dagobert ou faudesteuil est une conjugaison du trône et du tabouret pliant en X. Modifié tardivement par l’ajout des accotoirs et du dossier, c’est le plus ancien siège français parvenu jusqu’à nous. 

 


Klismos avec repose pied, une forme en courbe

b/ Une chaise à part, le klismos grec

En Grèce antique, les vases peints et la sculpture nous font découvrir un nouveau type de chaise : le klismos, présente à côté des trônes massifs inspirés des modèles d’Egypte. La courbe est son principe : ses pieds arrières incurvés remontent jusqu’au dossier arrondi et adapté au corps humain. Il permet ainsi une position plus naturelle et plus confortable. Fait de bois et non orné, des coussins et des peaux d’animaux augmentent parfois le confort.

Le klismos entame un renouveau au cours du XIXe siècle européen avec la mode du classicisme et les découvertes archéologiques. Pour la première fois, une chaise est traitée dans un souci ergonomique et nous sommes frappés de sa modernité due à la pureté de ces lignes.

 


fauteuil en bois massif sculpté, 
siège et dossier garnis de tissu, bras en courbe, époque Henri IV

c/ Petites innovations et multiplication des genres de la Renaissance au XVIIIe siècle

Jusqu’au Moyen Age finissant, le trône, le tabouret pliant et le banc sont quasiment les seuls représentants du siège. Le point le plus frappant dans l’évolution du style des sièges ne réside pas tellement dans des innovations majeures mais dans l’abandon progressif de la raideur palliée par la diversification des matériaux et l’usage des courbes.

Les techniques liées au bois, les courbes arrivent

C’est à la Renaissance que l’on commence à tenir compte de la morphologie dans la conception du siège bien que la structure générale ne soit guère modifiée. Des lignes plus douces apparaissent : les accotoirs se courbent, les pieds se galbent, les traverses diminuent et s’arrondissent. La sculpture ornementale prend place. Le noyer va supplanter le chêne, resté longtemps le bois par excellence du mobilier. Le siège prend une forme « organique ».

Tissu, rembourrage ou la recherche de la souplesse

Déjà présent par l’intermédiaire des coussins, le tissu enrobe désormais le siège. Ce drap de laine épais ou ce velours se double d’un rembourrage de crin au XVIIIe siècle. Le crin est une matière résistante constituée de crins de cheval mêlés à d'autres fibres comme le lin, le coton ou la laine.

Plus tard au XIXe siècle on voit apparaître le capiton, une autre forme de rembourrage : la garniture est piquée et garnie de petits boutons à l’endroit des surpiqûres, évitant les déformations du rembourrage.

L’influence des modes vestimentaires et des fonctions sur la forme

Outre sa fonction d’assise, le siège va servir à toutes sortes de pratiques culturelles qui le nommeront : la caquetoire ou caqueteuse du XVIe siècle utilisée par les dames pour faire la conversation, la chauffeuse pour se reposer au coin du feu, la fumeuse pour assister aux jeux de société…

De même, les modes vestimentaires influent sur la forme : les larges robes des XVIIe et XVIIIe siècles amènent à l’élargissement de l’assise. La chaise à vertugadin d’époque Louis XIII illustre le mieux ce phénomène : le vertugadin consiste en un bourrelet placé sous la robe de la femme pour la rendre bouffante et donc encombrante. Au contraire la mode vestimentaire de l’époque Empire, inspirée de la légèreté de l’antique, permet le retour aux chaises plus légères et à l’assise plus étroite.

 


 

d/ L’histoire s’accélère, la chaise entre dans l’ère industrielle

Au XIXe siècle, la chaise a cessé d’être un symbole de pouvoir. La nécessité est de produire des chaises en masse et à coût réduit. La révolution industrielle a des effets considérables sur l’esthétique et certaines innovations techniques inhérentes à d’autres domaines que l’ameublement, vont servir à la chaise. Parmi celles-ci, le rembourrage à ressorts fut mis au point en 1826 pour atténuer les souffrances du mal de mer dues aux oscillations des bateaux. Autre innovation qui marque le début d’une ère industrielle : la technique du bois courbé à la vapeur inventé par Michael Thonet en 1830. Tous les éléments de bois sont ici structurels. Le style décoratif est donné par l’épure des lignes qui ont toutes une fonction. La chaise en bois courbé est une des plus populaires de l’histoire. Aujourd’hui, elle est encore produite et déclinée sous forme plastique.

e/ Le design d’aujourd’hui, tous les matériaux sont permis

Le XXe siècle est le siècle des échanges et des bouillonnements d’idées. Les genres de vie se modifient, la notion du confort abordable pour tous se met en place. Aux côtés de l’artisanat, des entreprises industrielles prennent en charge la production du mobilier. On ne parle plus de style mais d’expérimentations ou de propositions. Les designers comme les architectes dessinent des chaises selon des principes structurels, fonctionnels à partir de matériaux qu’ils utilisent dans d’autres domaines : tubes métalliques, bois contreplaqué, plastiques, mousse polyuréthane… 

Tout est autorisé car tout semble possible, l’industrie s’étant mise au service de l’ameublement : revêtements, apparition des visseries, mélange des matériaux et des genres. On peut citer quelques exemples qui ont marqué ce temps :

Gerrit Rietvelt (1917), chaise « Red and Blue chair », approche radicale pour une chaise peinte comme un tableau de Mondrian, conçue comme une machine à s’asseoir, un meuble sculpture

Marcel Breuer (1926), chaise « Wassili » en tube d’acier chromé qui révolutionne les principes traditionnels de construction ;

Alvar Aalto (1931-1932), chaise « 39° » qui expérimente la flexibilité du bois de bouleau, il n’y a plus que des courbes et des contre-courbes ;

Charles et Ray Eames (1945-1946), chaise « LCW », dans laquelle on retrouve la fluidité des formes avec le plastique moulé.

L’exhaustivité est bien impossible tant les références sont innombrables. Chaque année de nouveaux modèles sont créés que l’on ne peut évidemment pas hiérarchiser selon des styles car le style n’existe plus. Cela conduit à penser que la chaise idéale n’existe pas. 

 

3/ Quelques chaises particulières


 

Berceuse : Synonyme de chaise berçante ou de siège à bascule, c’est une chaise ou un fauteuil munis de berceaux, chantaux ou patins courbes sur lesquels il est possible de se balancer aisément. 

Caquetoire : Aussi nommée caqueteuse, est une petite chaise particulièrement à la mode en France durant la seconde moitié du XVIe siècle. Définie par un dossier haut et étroit, deux accotoirs rectilignes et une assise trapézoïdale, la caquetoire était en général utilisée par les dames pour caqueter (faire la conversation). Elle indique un progrès dans la recherche de confort ; un des premiers sièges à dossier incliné.

Chaire : Siège de l'Antiquité et du Moyen Âge, en usage chez les Grecs et les Romains. Elle était le symbole de l’autorité. Les modèles les plus anciens étaient fabriqués en marbre, en pierre, en métal ou en ivoire. La chaire de l'époque médiévale, appelé aussi faudesteuil, était généralement réalisée en bois sculpté et présentait un haut dossier et deux accoudoirs. A partir du XVIe siècle, les chaires devinrent des sièges classiques dont l'assise profonde et le dossier étaient en général rembourrés et garnis de tissu.

Chaise « à la capucine » : Un siège « à la capucine » est une chaise à fond paillé, tressé, qui comprend des traverses de dossier courbes et chantournées. Le terme est lié aux religieuses capucines qui se sont installées à Paris au XVIIe siècle. Le roi donna l’ordre de ne pas utiliser l’or dans la décoration intérieur et de fabriquer un mobilier simple le moins coûteux possible. Fauteuil ou chaise dont le bois est simplement tourné, à l’assise de paille tressée ou d’osier canné.

Chaise « à la reine » : Fauteuil très répandu en France au XVIIIe siècle, notamment sous le règne de Louis XV. Elle était constituée d'un dossier droit et d'une assise rembourrée. Ce fauteuil se différencie de la chaise en cabriolet par un dossier plat et non concave.

Chaise à vertugadin : Siège à trois ou quatre pieds possédant un dossier bas qui permettait aux dames, portant un vertugadin et une coiffure encombrante, de s’asseoir. (le vertugadin est un bourrelet que les femmes portaient en dessous de leur robe pour les rendre bouffante, mode Henri III à Louis XIII)

Chaise curule : Terme français désignant la sella curulis. Siège romain ancien en forme de X, fabriqué en ivoire, qui était réservé à certains magistrats. Ce type de siège est revenu à la mode au XVIIIe siècle, durant la vogue des meubles à l’antique.

Chaise de commodité : Ce meuble offre un judicieux compromis entre une chaise à écrire et un lutrin. Il s'agit d'un fauteuil muni sur un de ces manchons, d'une petite planchette servant de pupitre et sur l'autre d'un lutrin où vient se positionner un livre. L'origine de ce meuble vient de la chaise à écrire fréquente au Moyen Âge. Néanmoins l'expression chaise ou fauteuil de commodité n'est par antérieure à la deuxième moitié du XVIIème siècle. 

Chaise à l’officier : Chaise de style empire pour satisfaire les besoins spécifiques ; il s’agit d’un fauteuil sans accoudoirs auquel on a laissé les montants afin qu’un homme en uniforme portant un sabre puisse s’y asseoir.

Chaise percée : Meuble sanitaire en forme de siège ou de boîte, muni d’un couvercle ouvrant; le siège lui-même est percé d’un trou circulaire sous lequel est placé un seau hygiénique. 

Chaise à porteurs : Nom français traduisant les mots sella gestatoria ou sellula ; petite chaise à porteur. Cabine munie de brancards et portée à bras d’hommes, utilisée pour se déplacer.

Chauffeuse : Chaise basse définie par un haut dossier, des pieds droits et une assise rembourrée. Utilisée en France, à partir du XVIe siècle, pour se chauffer, se reposer ou discuter près du feu.

Duchesse : Nom ancien désignant la chaise longue. La duchesse, élégante chaise longue capitonnée, utilisée surtout par les femmes comme lit de repos, est introduite en France sous le règne de Louis XV. La Duchesse brisée est, elle, constituée de deux ou trois éléments séparés (deux bergères et un tabouret de milieu). Très en vogue de 1745 à 1780.

Faudesteuil : Synonyme de chaise à tenailles ou savonarole, le faudesteuil est un siège pliant à piétement en X, fabriqué jusqu'à la Renaissance. L'exemple le plus ancien, datant du VIIe siècle, est le trône en bronze du roi Dagobert. Il fut en usage jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Il était installé sur une estrade et protégé par un ciel suspendu. Siège de cérémonie destiné aux seigneurs, seul le banc permettait aux hôtes de s’asseoir. Le faudesteuil disparaît vers la fin du XIVe siècle.

Fumeuse : Modèle de chaise française du XVIIIe siècle, conçue pour assister aux jeux de société. Capitonnée, elle possède un dossier muni de compartiments pour ranger le tabac, les pipes et autres accessoires nécessaires au fumeur.

Klismos : Chaise grecque de l’époque classique à pieds en sabre, dont le piétement avant est recourbé vers l’avant et le piétement arrière, vers l’arrière.

Ployant : Tabouret pliable au piétement en X.

Tabouret : Petit siège de forme ovale ou circulaire, soutenu par quatre pieds droits, galbés, en ciseau ou cambrés. Son usage fut introduit en France sous le règne de Louis XIV. Sa forme initiale est celle d’un tambour. Au XVIIIe siècle, il devient rectangulaire avec un siège garni.

Voyeuse : Synonyme de siège voyelle, siège rembourré ou canné, sans accoudoirs, créé en France au milieu du XVIIIe siècle, utilisé sous Louis XV et Louis XVI, doté d'un dossier garni d'une manchette sur laquelle s'accoudaient les hommes spectateurs d'une partie de cartes, assis à califourchon, la poitrine près du dossier. Il présentait une assise plus large dans sa partie antérieure et plus étroite vers l'arrière.

 

 

   

 

 


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